Iran

Quand Interpol interdit notre entrée en Iran…

Chers bloguipriotres, peut-être par appréhension, je ne t’avais pas soufflé mot de notre prochain voyage. Le 12 octobre, P. et moi nous envolions avec Emirates pour la destination de ses rêves. Nous avions tout prévu. Tout, sauf ça… 

Je ne suis pas le genre de personne qui aime préparer ses voyages longtemps à l’avance, prévoir chaque hôtel, chaque visite pour ne jamais laisser de place au doute. Mais ici, c’était différent. L’Iran. Avouez, vous en avez des frissons. J’ai été traitée de folle, d’inconsciente et accusée de vouloir soutenir un régime contre les droits de l’Homme. Moi, tout ce que je voulais, c’était passer de bonnes vacances.

Cette destination, P. en rêvait depuis longtemps mais je lui répondais toujours par un non catégorique. J’avais des Préjugés, avec un grand P. Puis j’ai rencontré des iraniens, nous avons été invités par l’un d’eux, collègue de P. à l’université et j’ai fini par dire oui. Avec N. à nos côtés, je me sentais rassurée. Finalement, de sa destination de rêve c’est devenu notre destination de rêve. Jamais je ne me suis autant renseignée sur un pays. Jamais je n’ai pris un tel plaisir à préparer un voyage. Nous partions dans un pays autre. Pas commun. Plus j’en lisais et plus j’avais envie d’y aller. Mes préjugés s’étaient évaporés et, à mon tour, je voulais rassurer autour de moi et donner envie de visiter ce pays que j’avais l’impression de connaître déjà.

Plus d’un mois à l’avance, j’ai envoyé des requêtes sur couchsurfing pour que nous puissions dormir le plus possible chez l’habitant et découvrir l’Iran de l’intérieur. Pour la première fois, j’ai reçu des vingtaines d’invitations spontanées à visiter la ville, être hébergée, aller au restaurant et même participer à des soirées alcoolisées (ce qui est bien entendu interdit par le régime).  Ces invitations spontanées nous ont fait repenser notre trajet. Nous voulions faire quelques détours pour aller rencontrer ces personnes et découvrir ces lieux que l’on nous décrivait.

Un mois avant notre départ, nous nous sommes rendus au Consulat d’Iran à Munich dans le but de faire notre visa. Nous nous étions levés tôt et j’avais enroulé un foulard autour de mes cheveux. Nous avons été chaleureusement accueillis, des iraniens, dans la file d’attente, nous souriaient, cherchaient le contact. La personne en charge des visas a refusé notre demande avec un grand sourire : « faites le donc à l’arrivée à l’aéroport, ce sera beaucoup plus simple pour vous ! Ici, vous avez besoin d’un numéro d’autorisation, de photos et blablabli blabla ». Nous sommes donc repartis sans visa, mais sans déception. Au contraire, notre désir de visiter l’Iran fut accru par ces sourires et ces conseils sympathiques.

Bien sûr, nous avions des moments de doute : « Est-ce que ce n’est pas trop risqué d’aller  passer quelques jours au Khurdistan, à quelques kilomètres de la frontière irakienne ? » « Est-ce qu’on obtiendra un visa pour toute la durée du séjour ou devrons-nous le prolonger ? » « Est-ce que ce ne sera pas trop difficile de ne pas se tenir la main en public ? » Oui… c’est bien là tous les doutes que nous avions !

Puis il est arrivé, ce fameux 12 octobre, jour de notre départ. Nous partions avec nos sacs à dos tous légers, 10kgs chacun. 18 jours en Iran. Un programme du tonnerre. Seulement 3 nuits prévues à l’hôtel. Quasi tout était planifié à l’heure près. Nous ne voulions pas de mauvaises surprises. Il n’y avait pas de raison d’en avoir. Et pourtant… 

A l’aéroport, la jeune employée d’Emirates a un doute au niveau du visa sur place. Celui-ci n’est censé être délivré que pour 15 jours, or nous partons 18 jours. Elle doit se renseigner. Je lui explique qu’une nouvelle loi vient de passer pour un visa à 30 jours, et qui si celui-ci ne nous est pas délivré, il est tout à fait possible de renouveler son visa une à 2 fois en Iran. Après discussion avec son manager, c’est bon, il n’y a pas de soucis.

Puis dans l’avions pour Dubai, P. fait un malaise. J’ai bien entendu eu très peur. Tout d’abord pour lui, et ensuite pour notre voyage. Etait-ce sérieux ? Devrions-nous rentrer ? Mais non, ce n’était sûrement qu’une chute de tension.

Arrivés à Téhéran, nous sommes tout excités. On fait des paris : visa pour 15 ou 30 jours ? On croise les doigts pour avoir 30 jours bien entendu, cela nous évitera quelques heures d’attente pour le renouvellement. 45 minutes plus tard, nous avons notre visa en main. 30 jours, YEAH ! Tout est en ordre ! Nous sommes extrêmement heureux et excités comme des puces. Plus rien ne peut nous arriver. 

Puis nous passons l’immigration. Le policier rigole bien avec nous et nous apprend nos deux premiers mots persans, monsieur et madame. Il me rend mon passeport avec un grand sourire. Mais pour celui de P., il déchire un minuscule bout de papier sur lequel il note un encore plus minuscule mot en persan. Il nous emmène près d’autres policiers et nous demande de patienter quelques instants. Une française originaire de Madagascar patiente également à côté de nous. Nous ne nous faisons pas trop de soucis. Bien sûr, nous nous posons des questions mais P. n’a absolument rien à se reprocher. Si moi je suis passée avec ma quarantaine de tampons, il n’y a aucune raison pour qu’il ne passe pas avec ses 5-6 tampons.

Les minutes passent. Puis les heures. On nous demande de patienter. On nous dit « sorry » avec un air tout triste. Puis l’heure du lunch est passée. J’ai faim. Nous avons faim. Mais P. et N. (la française) ne peuvent pas sortir. Moi ? Oui oui. Je pars alors en mission nourriture pour tous. Je ne me fais toujours pas de soucis. Je suis simplement énervée que nous perdions autant de temps ici. Je sors, vais échanger de l’argent, 200€, ça devrait aller pour les premiers jours. Je vais au seul fast food de l’aéroport et remonte à l’immigration (oui, je n’ai aucun problème pour repasser dans ces zones interdites ;)). Nous finissons de manger mais n’avons toujours pas d’information. Personne ne parle anglais. Finalement, un passager me traduit les paroles du policier.

Et là, je m’écroule. Mon rêve se brise. Je suis en larmes. Au loin, P. comprend que c’est plus grave que ce que nous pensions. Interpol. In-ter-pol. « Je pensais que ce n’était qu’un truc de films d’action » me dit P. Moi aussi. Et pourtant, ils ont mis le passeport de P. sur liste noire. Pourquoi, mais pourquoi ?? Personne ne comprend. Ni P., ni moi, ni la police iranienne. Mais voilà, Interpol, on ne peut pas vraiment lui parler. On apprend finalement que le passeport aurait été perdu, et que l’on soupçonnerait donc quelqu’un d’autre d’utiliser son passeport. Ce quelqu’un d’autre est P. lui-même et il n’a jamais perdu son passeport. Je propose de comparer avec d’autres papiers d’identité. La police m’annonce qu’ils ne peuvent rien faire. Interpol souhaite que nous soyons renvoyés en Allemagne et n’autorisent pas notre entrée en Iran. Néanmoins, la police iranienne a demandé une 2ème vérification. Mon traducteur doit partir, nous en resterons donc là.

N. aurait le même problème. Elle avait vraiment perdu son passeport. Mais on lui en a bien entendu donné un nouveau. Etant ici pour le travail, elle est en contact avec ses employeurs qui se démènent pour régler sa situation, et la notre en même temps.

A l’aéroport, tout le monde est gentil avec nous. Auraient-ils pitié ? On nous offre du thé, des biscuits, une pomme… Puis à 17h, un employé d’Emirates s’approche de nous. « Alors, comment fait-on au niveau de vos bagages ? Le vol part dans une heure, je les envoie déjà à Dubai ? » Vous imaginez nos têtes. Pour moi, ce sont de nouveau les chutes du Niagara. P. et N. doivent rentrer. Mes papiers étant en ordre on me demande de rester. Puis j’ai l’autorisation de partir avec. Comment rester seule en Iran alors que ce voyage a été rêvé à deux ?

P. ne récupérera son passeport qu’une fois sur le sol allemand. Dans l’avion pour Dubai, je reçois un sms des parents de P. : tout est arrangé, le siège de la police allemande a contacté Téhéran pour expliquer la situation. Trop tard. C’est malheureusement trop tard.

De retour à Munich, nous avons passé deux jours dans des avions et aéroports sans pouvoir ni nous changer, ni nous doucher, ni dormir dans un lit. Mais on a qu’une envie, repartir le plus vite possible, ailleurs, pour oublier et profiter de nos vacances. 

Il y a un temps pour tout. Celui-ci n’était de toute évidence pas pour l’Iran et ceux croyant au destin et aux signes nous dirons que nous en avons eu plus d’un pour nous faire faire demi-tour.  Nous avons été humiliés, « déportés » et avons perdu une grosse somme d’argent. Mais plus que jamais nous souhaitons repartir en Iran. Traitez-nous de fous ! 

En attendant, nous voilà au Portugal. Et j’adore ça ! P. a encore du mal à apprécier ce qu’il voit. La fatigue encore présente, le soucis de savoir si ce problème de passeport est réellement réglé et bien entendu, le fait de se dire… « on devrait être en Iran ! ».

Sinon vous, ça va ? Des préjugés sur l’Iran ? Des problèmes pour y rentrer ? D’autres lectures/films/sites d’apprentissage du Persan à me conseiller pour que je sois encore mieux préparer l’an prochain ?

Commentaires (5)

  • Tu es vraiment courageuse. Je ne connais pas P mais quel dommage pour vous deux. Et le Portugal ? Nous y étions le mois de septembre. Nous avons visité plein de sites. J’espère que vous en gardez un bon souvenir pour cette année et que vous pourrez repartir gaillardement en Iran bientôt.Bises et amitiés.

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    • Merci beaucoup Alain! Ca me fait plaisir de te lire. Le Portugal nous a bien plu malgré les circonstances. J’en parlerai bientôt ici :). En attendant, il faudra se contenter d’un article sur la Belgique. Bises à vous deux

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  • Et bien ça alors, je m’y attendais pas du tout non plus. Ceci dit j’ai du mal à comprendre qu’il faille attendre d’avoir passé toutes les étapes pour échouer au tout dernier moment… Interpol ne pourrait-il pas empêcher l’embarquement au départ de Munich quand on passe aux contrôles des frontières (et où ledit passeport est aussi vérifié)… A tout les coups au départ quand ils contrôlent les passeports ils s’en foutent de la destination et délèguent ça au contrôle des frontières d’arrivée. Rhaaaa c’est plus que rageant…

    J’ai appris avant hier qu’un groupe d’amis Français (aussi à Munich) ont aussi prévu d’aller en Iran fin Novembre. Je vais leur envoyer le lien vers cet article pour qu’il puissent prendre leurs précautions. Merci encore de partager malgré le fait que cette fois ci c’est dans la catégorie mauvaises nouvelles…

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  • Bonsoir Sophie,
    Je viens de lire ta mésaventure au moment de passer l’immigration à l’aéroport de Téhéran… c’est fou !
    Et çà ne me rassure pas trop car je suis un peu dans le cas de ton ami. En effet, j’ai perdu mon passeport et ait dû le refaire l’an dernier. J’espère donc que je ne suis pas sur la liste d’Interpol et que je pourrais entrer en Iran dans 2 semaines sans être refoulé…
    Sinon as tu pu avoir le fin mot de l’histoire sur cette liste interpol ?

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  • […] depuis longtemps. Une destination que nous avions déjà tentée en 2015 avant d’avoir été refoulés à la frontière. Un pays fabuleux, notre coup de coeur de 2016… 3 semaines et demi à nous en mettre plein […]

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