Cambodge Laos

Passer la frontière terrestre du Cambodge vers le Laos sans se faire arnaquer

En novembre dernier, après 3 semaines au Cambodge, j’ai pris un bus, puis un autre, puis encore un autre pour finalement arriver à Paksé au Laos. Focus sur ce passage de frontière terrestre sous la coupe de l’arnaque et de la corruption. Cet article est basé sur ma propre expérience  de fin novembre 2016 ainsi que sur les nombreux récits de voyageurs recueillis lors de mon voyage voire lus sur le net.

Si j’ai décidé de consacrer un article entier au passage de la frontière terrestre, c’est que c’est une réelle aventure en soi. Soyons clairs sur un point : si vous avez la possibilité de passer du Cambodge au Laos par avion grâce à un billet à moindre coût, faites-le !

Pour nous français et pour un bon nombre d’autres nationalités également, il est possible d’avoir un visa à l’arrivée. Ca nous simplifie bien la tâche, en théorie.

Entre le Cambodge et le Laos il n’existe qu’un seul passage de frontière terrestre : Tropaeng Kreal, situé à environ une demie journée de route de Kratie au Cambodge et presqu’autant de Paksé au Laos.

Voici mon parcours du combattant depuis Kratie :

J’ai commencé par faire le tour de plusieurs guesthouses à Kratie afin de trouver un billet de bus à prix raisonnable pour faire Kratie-Pakse. Après comparaison des prix, j’ai acheté mon billet dans une petite guesthouse du centre pour 15$. Ce devait être un mini-bus qui devait venir me chercher entre 7h et 7h30 à ma guesthouse. Sur mon billet était bien noté l’horaire, le nom de ma guesthouse, le trajet à effectuer et le prix total.

Mon mini-bus arrive le lendemain avec plus d’une heure de retard alors que je commençais réellement à me demander s’il allait arriver. Nous nous dirigeons simplement vers la gare routière du centre ville où je dois de nouveau attendre près d’une heure dans le mini-bus. On me fait finalement changer de mini-bus et sauter dans un mini-bus plein. Je suis la seule touriste. Il est 9h30, nous nous mettons enfin en route.

Quelques heures plus tard, nous arrivons à Stung Treng, une ville entre Kratie et le Laos, à 1h de la frontière. Là, on me dit de descendre. Un homme vient me chercher, me demande mon ticket et ma destination finale et m’emmène dans une guesthouse/restaurant. Celle-ci est remplie de touristes attendant patiemment au milieu de leurs bagages. Pour moi, ça s’avère être un peu plus compliqué. La personne m’ayant amenée jusqu’ici donne mon billet à l’un des propriétaires du lieu. Celui-ci parle très bien l’anglais et à ma question de « pourquoi je suis ici et quand est-ce que je repars ? » il répond tout simplement « c’est ici que vous changez de mini-bus mais vous, vous avez un gros gros problème ».

Oui, il n’a pas pris de pincettes et mon coeur a fait boum boum boum. Ce gentilhomme m’annonce que le vendeur du billet s’est trompé et qu’il ne m’a fait payer le prix que jusqu’ici (ou à la frontière je ne sais plus) et pas jusqu’à Paksé. Je repère de suite l’embrouille. Lorsque je vous explique ci-dessus avoir fait le tour des guesthouses pour repérer le prix de billet de bus le moins cher, la différence était en fait de maximum 3$ pour le même trajet. Ce cher môssieur me demande 16$ de plus.
Je lui explique bien calmement que les prix étaient tous similaires à Kratie et ce pour le trajet entier. Il baragouine une excuse « non mais c’est pas vrai/ça a changé/ils sont pas au courant » en terminant par me dire « de toute façon, personne ne veut vous emmener à ce prix et c’est VOTRE problème ». Sweetie est une sweetie jusqu’à un certain point. Je suis montée d’un ton, sans crier, en expliquant calmement mais fermement que non, ce n’était pas mon problème vu que le trajet entier est écrit sur mon billet. Je lui explique également qu’en essayant ainsi de chercher des embrouilles, c’est lui qui se met dans une position de faiblesse puisque je suis cliente et que je parle aux autres potentiels clients, faisant ainsi baisser son business. S’en-suivent plusieurs conversations téléphoniques entre lui, un chauffeur de mini-bus, la personne m’ayant vendu le billet, et moi et après 10minutes de va et vient, j’ai triomphé. Le propriétaire m’annonce platoniquement que le chauffeur de mini-bus accepte « exceptionnellement » de m’emmener jusqu’à Pakse à ce prix.

Je ne peux même pas dire m’être sentie soulagée puisque finalement, je n’ai fait que recevoir le service que l’on m’a promis et qui était écrit noir sur blanc sur mon billet dès le départ. J’ai lu plusieurs témoignages allant dans ce sens, c’est la première tentative d’arnaque du passage de  cette frontière terrestre, et ce n’est pas fini ! Tenez bon !

2h plus tard je monte dans un nouveau mini-bus avec d’autres voyageurs en direction de la frontière. Nous nous arrêtons en premier lieu dans un agence, juste avant la frontière. C’est là que l’on nous donne les formulaires de demande de visa à remplir et que nous les remplissons. Le propriétaire de l’agence est également la personne qui nous explique comment la suite de notre trajet va se passer, si nous devons changer de mini-bus ou non et dans combien de temps.

Pour votre visa, prévoyez (pour les ressortissants français) 30$ en liquide (somme exacte !) ainsi qu’une photo d’identité. Si vous n’avez pas cela, vous pourrez changer de l’argent à l’agence à un taux pas très bon et faire des photos pour un prix bien évidemment plus élevé. Ce poste d’agence est finalement la 2ème tentative d’arnaque lors du passage de frontière. Le propriétaire ou votre chauffeur de bus vous propose voire tente de vous obliger de s’occuper de vos démarches de visa pour 40 ou 45$. Pourquoi payer pour ce que l’on peut faire soi-même ? Attention, il faut parfois réellement insister pour s’occuper de son visa. J’ai eu de la chance, nous n’avons pas eu à subir ce genre de pression.

10 minutes plus tard, formulaire rempli, 30$ et photo d’identité en poche, nous reprenons le mini-bus jusqu’au poste frontière pour la sortie du Cambodge.

3ème tentative d’arnaque. On vous demande de payer 2$ pour le tampon de sortie du pays. Bien entendu, c’est de la corruption pure et dure et cet argent va directement dans les poches des officiels. Quasi sans un mot, j’ai posé un billet de 5000 riels (1,25USD) sur le comptoir en disant à voix très basse que je n’avais pas plus. L’officiel n’a pas bronché, ni levé les yeux, il s’est contenté de vite encaisser le billet pour que les autres touristes derrière moi ne le voient pas et le tour est joué. J’aurais certainement pu donner moins mais il me restait ce billet-là en monnaie locale. Il est possible de se rebeller afin de ne pas payer.

Nous reprenons encore une fois le mini-bus pour le poste frontière d’entrée au Laos. Je suis  enfin sortie du Cambodge : c’est une bonne chose de faite !
Là, les choses se compliquent un peu. La première fenêtre prend nos passeports, formulaires et 30$ mais demande une taxe d’administration de 1$.
Ceci est la 4ème tentative d’arnaque, 2ème tentative de corruption. Encore une fois, tout le monde payait sans broncher mais j’ai décidé d’adopter une approche différente. Mes 30$ et ma carte de crédit en main, j’ai laissé le reste de mon argent bien rangé et non visible et ai expliqué à la personne en face de moi que je n’avais plus de monnaie car j’ignorais qu’il fallait payer cette taxe étant donné que ce n’est pas écrit sur le site officiel de l’ambassade du Laos. L’employé avait l’air un peu gêné (ce n’était pas un officiel de l’armée), a jeté un petit coup d’oeil vers le bureau voisin des officiels puis m’a fait un petit signe de la tête pour me dire que c’était bon.
Il faut savoir qu’à côté du papier imprimé sur feuille A4 concernant la fameuse « taxe d’administration » (papier sans aucun tampon officiel) est affiché sur le mur le papier officiel avec le prix des visas par nationalité…

Après une certaine attente (très longue en comparaison avec le visa à l’arrivée à l’aéroport de Siem Reap qui m’avait pris 1min), je suis appelée à la 2ème fenêtre. Derrière celle-ci, 3 officiels, mon passeport avec visa tamponné en main me réclament 2$ pour le tampon.
Ceci, chers lecteurs, est la 5ème tentative d’arnaque, 3ème tentative de corruption. Même explication qu’auparavant. Ils ont l’air un peu énervés et me disent de retourner patienter.
Je ne suis pas étonnée, j’avais lu que pour se venger ils pouvaient en effet mettre le passeport sous la pile et te faire patienter. Je ne suis pas pressée, mon bus n’est pas là (et même s’il était là, il y en aurait peut-être d’autres plus tard), j’ai bien vu que mon passeport était déjà tamponné, ces 3 officiels n’ont aucun moyen de pression sur moi. Je m’assieds bien en face d’eux et patiente très calmement.

Plusieurs autres voyageurs m’accostent, s’inquiètent pour moi, propose de payer les 2$. C’est adorable mais ça me gêne. Je ne fais pas cela pour l’argent mais par principe et comme rébellion passive contre la corruption. J’ai déjà donné 5000 riels, je refuse d’engraisser des officiels se pavanant dans de belles grosses voitures et superbes bijoux aux doigts (les hommes comme les femmes). Quitte à jeter de l’argent inutilement par les fenêtres, je préférerais que cela profite aux plus démunis.
15 minutes plus tard environ, je suis à nouveau appelée à cette fenêtre. Le plus jeune des officiels me fait un discours sur l’irresponsabilité de traverser la frontière sans argent liquide pour les payer. C’est exactement ce qu’il dit. Je lui réponds que je sais bien (sans m’excuser, faut pas exagérer) mais que je l’ignorais étant donné que ce n’est pas écrit sur les tarifs officiels. Sa réponse : ce n’est pas écrit sur le site officiel mais il faut les payer eux (mot pour mot « but you have to pay US »). Reconnaissance de la corruption sans ciller, je suis estomaquée. Je prends mon passeport et repars attendre le bus.
30 minutes plus tard, on me pointe dans la direction de mon bus pour Paksé où j’arriverais épuisée à 19h30. Je devrais encore y trouver un logement pour la nuit mais ça, c’est une autre histoire…

En résumé :
J’ai réussi à passer cette frontière terrestre en donnant uniquement un bakchich de 1,25USD au lieu de 21USD (en comptant l’arnaque du billet de bus), en prenant un total de 4 mini-bus/bus et un nombre d’arrêts inimaginable.
Des récits de voyageurs tentant de combattre la corruption à ce poste de frontière terrestre, il y en a à la pelle. Tous finissent finalement assez bien dans le sens où je n’ai jamais lu ou entendu qu’une personne soit restée bloquée sur place. Certains finissent par payer ou par se mettre d’accord sur une somme moins importante. Imaginez-vous en train de négocier avec des officiels sur le montant de bakchich qu’ils recevront ?! Je trouve cela ahurissant !

quelques conseils et infos :

  • Ne prenez pas les officiels en photo ! J’ai entendu des récits assez violents à ce sujet où les officiels ont arraché le téléphone/l’appareil photo des mains de touristes.
  • Avoir le numéro de téléphone de l’Ambassade enregistré dans votre téléphone peut aider dans certains cas mais les avis sont mitigés à ce sujet. Cela ne fait ni chaud ni froid à certains officiels.
  • Sans prendre de photo, noter le nom de l’officiel pour faire pression peut parfois aider.
  • Restez calme
  • Donnez toujours le montant EXACT ! Dans de trop nombreux cas, on ne vous rendra pas la monnaie sur le prix du visa…
  • La taxe des 2$ est souvent défendue par les officiels comme étant une taxe pour horaires de fin de journée. Bien entendu, c’est FAUX ! Cette taxe est présente toute au long de la journée.
  • Il n’y pas de distributeur automatique à la frontière, profitez-en ! Faire croire que vous n’avez pas d’argent et que personne ne peut vous en prêter est certes un mensonge et une rébellion passive, mais c’est mieux que pas de rébellion du tout.
    Dans le sens Laos-Cambodge :
  • ignorez le poste de vérification de santé. C’est une arnaque. Passez-le tout simplement sans le regarder.
  • Avoir fait votre demande de visa cambodgien à l’avance ne vous apportera aucun avantage : le montant de la corruption demandé sera même plus élevé.

Gardez en tête que tout comme les autorités cambodgiennes ne peuvent vous obliger à rester au Cambodge sous peine de dépasser la période autorisée (n’hésitez pas à le leur rappeler gentiment), les autorités laotiennes ne peuvent pas vous empêcher de rentrer au Laos alors qu’elles viennent de tamponner votre passeport. Dans l’un comme l’autre des cas, leur unique arme, c’est le temps. En leur montrant que patienter ne vous dérange pas plus que là, votre passeport a des chances de vous être rendu plus rapidement. Si vous avez peur que le bus parte sans vous, demandez aux autres passagers de faire pression sur le chauffeur pour qu’il vous attende. C’est l’histoire de + ou – 30 minutes, ce n’est pas grand-chose dans l’emploi du temps d’un vacancier.

armez-vous de patience et détendez-vous : vous êtes en voyage dans deux sublimes pays !

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