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Cambodge

Cambodge – 24h dans la vie d’une famille Phnong au Mondolkiri

Phnong… ça résonne comme une percussion. Le peuple Phnong, également appelé Bunong, est une ethnie native du Mondolkiri, au Cambodge. Depuis plus de 2000 ans ils vivent en harmonie avec la nature. J’ai passé 24h avec une famille Phnong pour en apprendre un petit peu plus sur ce groupe indigène du Cambodge.

Quand on parle des Phnongs, on parle de minorité ethnique. En regardant les chiffres, il apparait que les Phnongs sont en fait majoritaires dans la région du Mondolkiri. Ils forment en effet environ 80% de la population. Ma curiosité m’a poussée à partager le quotidien d’une famille Phnong pendant 24h.

C’est le guide de ma randonnée dans la jungle qui accepte de m’accueillir dans sa demeure. Il vit dans le village de Putang dans une jolie maison en bois qu’il partage avec sa femme et 4 de leurs 8 enfants. Leur maison a été agrandie au fur et à mesure de leurs besoins et de leurs moyens et se compose de deux parties. Au sol, la partie principale de la maison (une salle de vie/chambre, un coin pour faire à manger et la nouvelle addition, une salle de bains/toilette) et sur pilotis, à quelques mètres de là, deux chambres à coucher. Je n’ai toujours pas compris pour qui sont ces chambres à coucher. Les parents et trois petits garçons dorment encore ensemble dans le même « lit », dans la pièce à vivre. Je dormais dans l’annexe, avec la fille de la famille. Dans la pièce principale + cuisine nous marchons directement sur la terre battue.

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Les animaux circulent librement dans le village ainsi qu’à l’intérieur des maisons. Imaginez les petits gorets tourner autour du feu en attendant leur tour sur le feu.

Bunong

Les Phnongs sont majoritairement fermiers. Dans le village on peut apercevoir des buffles, des vaches, de nombreux cochons et des poulets. Chaque famille a également un ou plusieurs chiens. Les familles possèdent également (légalement ou illégalement) d’immenses terrains cultivés. Principalement des rizières et bananiers. Wing a deux immenses parcelles. Une à 30 minutes à pied, l’autre à 15 minutes à moto. Toute la famille s’active dans les champs et je ne serai pas une exception !

lors de ma randonnée dans la jungle, arrêt dans une maison typique. Les paniers sont tissés à la main par les Phnongs. Les « boucles d’oreille » sont en fait les anses de ce panier.

Malheureusement, entre la pluie et le vent de ces derniers jours, les deux plus jeunes enfants de Wing sont tombés malades. L’un de ses fils a beaucoup de fièvre et nous décidons donc de l’emmener voir le docteur du village. Nous filons à trois sur la moto, le petit garçon de 4 ans posé sur moi. Malheureusement, le docteur n’est pas là et Wing ne souhaite pas se rendre en ville. J’essaye d’insister, le petit est brûlant et régurgite absolument tout ce qu’il avale. Rien à faire, nous y retournerons cet après-midi. Je donne un demi-doliprane pour essayer de faire baisser la fièvre et applique du baume sur la poitrine du tout petit de 1 an et quelques qui a une toux carabinée.

Suite à mes questions concernant l’éducation, Wing décide de m’emmener visiter l’école du village. Les Phnongs ont leur propre langage, le Phnong mais l’école enseigne uniquement en khmer. C’est très difficile pour les plus petits.
Théoriquement obligatoire dès 4-5 ans, les instituteurs sont extrêmement laxistes. Beaucoup de familles n’ont pas les moyens d’acheter l’uniforme obligatoire ou les fournitures  permettant à leurs enfants d’aller en classe. De plus, si un enfant ne souhaite pas aller à l’école, ses parents ne vont pas insister, ne jugeant pas cela primordial et préférant pouvoir profiter de leur aide dans les champs. Le nombre d’enfants Phnongs scolarisés reste en nette progression.

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Afin que leurs enfants apprennent également à lire et écrire leur langue natale, une famille a installé une salle de classe dans leur domicile (un tableau noir au mur). Les enfants qui le souhaitent peuvent venir écouter la leçon chaque soir après l’école ou le travail dans les champs.

De retour à la maison, Wing, sa femme, leurs deux jeunes fils malades et moi partons rejoindre leur grande fille dans les champs. Elle n’a pas école aujourd’hui, il n’y a pas de professeur.

Wing et sa femme portent les deux petits sur leur dos alors que je m’occupe de porter le repas du midi. En chemin, nous déplaçons les vaches et le buffle. Nous descendons la colline, traversons deux rivières et grimpons une autre colline. Les deux petits comatent dans un hamac installé là pendant que Wing et moi allons ramasser les fagots de riz désormais secs. Nous commençons ensuite à séparer le riz des cosses, à la manière traditionnelle.. une grande bâche et la force des bras. Et tu tapes tapes tapes tous les fagots de riz et tu frottes frottes frottes pour que les grains sortent bien… ça ferait une chouette chanson n’est-ce pas ? Je suis rapidement toute poussiéreuse et mes bras prennent une belle couleur cramoisie en me démangeant. Ca me rappelle l’ensachage des graines de tournesol familiales dans mon adolescence… La poussière me faisait le même effet.

Wing m’explique que ses rizières sont uniquement pour nourrir sa famille. Il récolte environ 200kgs de riz ce qui le couvre en besoin pour 9 mois. Je vous ai dit que les Phnongs mangeaient beaucoup de riz ?

Je délaisse les travaux des champs pour m’occuper du tout petit qui s’est réveillé et empêche sa maman de travailler. J’apprends à faire des sifflets d’herbes et Wing lui donne un criquet vivant (auquel il a pris soin de couper les pattes parce que tout de même…) en guise de jouet. Nous ne parlerons pas de la cruauté animale…

L’état du grand ne s’est pas amélioré et une fois les tâches fermières terminées, nous filons de nouveau chez le « docteur ». Il est ici heureusement. Le cabinet est en fait la pièce à vivre. Il a une couchette pour les patients et une petite armoire remplie de médicaments principalement français. Le petit est de suite testé pour le paludisme, qu’il n’a heureusement pas attrapé. Ca se complique ensuite pour le docteur/pharmacien qui donne tout un tas de médicaments au petit. L’enfant a probablement un virus, mais on lui donne néanmoins un antibiotique. Son anti-fièvre est sous forme de piqûres mais l’anti-vomitif est un cachet à avaler. Il reçoit un sirop pour la toux qui n’a rien avoir avec ses symptômes. Le docteur n’aura ni vérifié sa température, ni sa respiration. A côté de la couchette, une poubelle ouverte emplie de petits cotons imprégnés de sang. Je suis en colère, me sens impuissante et ai envie de pleurer. Je ravale ma rancœur et rassure le petit qui me serre encore tout contre lui.

C’est ainsi que ces 24h dans une famille Phnong s’achèvent. J’ai réappris à apprécier mon confort et les joies de la médecine moderne. J’ai appris également à admirer la force, le courage et le bonheur de cette ethnie.

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un vélo sans pneu et un portail, il n’en faut pas plus pour s’amuser

Infos pratiques

Si vous souhaitez également passer du temps avec les Phnongs, rien de plus simple. Soit vous demandez à votre guesthouse de vous l’organiser (entre 25 et 50$ par 24h tout inclus) soit vous vous rendez directement au village Putang. Il y a un petit bureau à l’entrée du village qui pourra vous organisez cela directement.

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